Archives du mot-clé Roman

Lecture… (pour combler un peu le vide sidéral de ce blog !)

Les Filles chéries

de Corinne Atlas

Editions du Seuil, 2015

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Paris, 1966. Perle Ganz et Mina Gelson ont 14 ans. Amies depuis le début du collège, elles sont inséparables et n’ont aucun secret entre elles.
Lili Beyle, dans la même classe que les deux filles, rêve sans succès de s’immiscer dans ce duo attirant et s’invente une vie de fille de riches, elle dont la mère est bonne à tout faire et fille-mère. Décidée à sortir de sa condition sociale, elle fréquente la bonne société, mentant sur sa famille et volant dans les boutiques de luxe pour s’habiller chic.
Un jour, Perle n’est pas au rendez-vous quotidien, sur le chemin de l’école. Impossible d’en savoir plus pour Mina qui prend cet éloignement pour une trahison. En fait, la famille Ganz vient d’apprendre le premier mariage du père avec Golda, épousée en Pologne et que le père a cru morte, déportée dans les camps de concentration. La mère de Perle, bouleversée, réagit violemment, en coupant la famille et ses filles du monde, et en les empêchant de parler de ce honteux secret qui fait d’elle une épouse illégitime.
Mina prend le silence de Perle pour une trahison : pour la première fois, il y a ce qu’elle prend pour un mensonge entre elles, et c’est la première fissure d’une amitié qu’elles croyaient toutes les deux solide.
En fait d’ancienne épouse, c’est Olga, une jeune soeur du père, qui réapparait. Cette miraculée, auréolée de mystère, fait un grand effet sur Perle et sa soeur ainée Rachel, qui se passionne pour la politique et la cause juive.
Apprenant tout cela, Mina se rapproche de Perle, même si rien n’est plus comme avant.
La mère de Mina, en revanche, s’effondre en apprenant cette histoire. Son passé de juive, occulté par la famille et caché à sa fille, lui revient à la figure, elle-même ayant été fiancée avant la guerre, à un jeune homme disparu dans la tourmente nazie. Elle se met à espérer un retour, inutilement, et sombre dans une dépression qui va faire éclater sa famille.

Dans le Paris des années 60, on suit une tranche de vie d’adolescentes très différentes, et le passage de ce qui était encore presque l’enfance, au début d’une vie d’adulte avec tous ses possibles : les rêves, la découverte de la sexualité, le déterminisme de la condition sociale, l’engagement politique, l’amitié, la préparation de l’avenir, les secrets de famille et les ravages de ces secrets longtemps refoulés.
Il y a également la condition juive : c’est quoi être Juif après la seconde guerre mondiale ? Un fardeau à porter, une condition qu’on veut oublier, une identité revendiquée… ? Tout cela sur fond de « guerre des Six jours », au printemps 1967.
Trois adolescentes qui se cherchent, vivent des expériences qui les vont changer ou les conforter dans leurs choix de vie. On sent déjà que mai 68 n’est plus très loin…
Un roman agréable à lire, avec de vrais destins romanesques, des personnalités complexes, sur le fond socialo-politique des années 60, que, personnellement, je ne connais pas tant que ça.
J’ai découvert Corinne Atlas, et je ne le regrette pas. J’ai vu que son précédent roman traitait déjà de trois jeunes filles, avec en fond la société française des années 70. A lire certainement…

J’ai lu ce livre grâce à Babelio, et je remercie donc l’opération Masse critique et les éditions du Seuil qui m’ont permis de découvrir ce roman et cet auteur.

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Lectures anciennes, oubliées dans le fond de ce blog…

Je viens de retrouver cet article, en attente au fin-fond du blog, depuis… le printemps !

Comme quoi, une lecture chasse l’autre, surtout chez moi !

Dommage, car il y avait des pépites :

Loin de tout
De J.A. Redmersky
Editions Milady, 2013

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Camryn, une jeune Américaine de 20 ans, complètement anéantie par le décès de son copain dans un accident, décide de tout plaquer pour partir à l’aventure. Elle va rencontrer Andrew, un jeune homme aussi paumé qu’elle, au passé tumultueux…
Je n’en dis pas plus, de toute façon, je ne suis pas allée bien loin dans ce roman, exemple parfait de la littérature pour « New Adults », encensé par les lecteurs (lectrices ?) de 18-25 ans.
Je n’ai pas aimé : le langage, trop parlé, trop vulgaire (pour faire « d’jeun » ?), pas d’intrigue, des personnages caricaturaux…
Je crois qu’il faut que je l’avoue : j’ai certainement passé l’âge pour apprécier ce genre de roman

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Les grands jours
de Pierre Mari
Editions Fayard, 2013

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Février 1916. Près de Verdun, plus d’un millier d’hommes campent dans le Bois des Caures, attendant une offensive qui tarde à venir. Les conditions de vie sont bien sûr extrêmement difficiles, mais presque pas autant que cette inaction prolongée. Pourtant, des rumeurs circulent : les Allemands vont attaquer, et ce sera monstrueux.
Les premiers tirs se déclenchent…
Autour de quelques personnages clés, nous suivons la vie quotidienne des poilus dans les tranchées, leur sentiment d’être tenus à l’écart et abandonnés des décideurs et des planqués de l’arrière.
Un texte à l’écriture travaillée, magnifique, mais facile et agréable à lire.
Un beau roman sur un épisode de la 1ère guerre mondiale, dont on fête le centenaire à partir de cette année.
Je vous le recommande, car il va y avoir pléthore de textes sur le sujet en 2014, et, hélas, tout ne sera pas forcément bon…

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En finir avec Eddy Bellegueule
D’Edouard Louis
Éditions du Seuil, 2014

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Je crois que tout le monde à déjà tout dit sur ce roman, devenu un des pivots de la rentrée littéraire de janvier 2014.
En deux mots, car vous trouverez des résumés partout :
Eddy Bellegueule raconte son enfance dans un village du nord de la France, dans une famille pauvre financièrement et intellectuellement de par son origine sociale.
Dès sa plus tendre enfance, Eddy ne s’est jamais senti à sa place au milieu des siens. Trop sensible, trop efféminé, intéressé par l’école et les études, il n’est pas conforme au modèle viril de l’homme du coin…

Édouard Louis, 21 ans, a écrit un premier roman « coup de poing », que l’on prend en pleine figure. On peut lui trouver tout un tas de défauts : trop violent, trop complaisant, méchant, sans recul, mais le récit est là, étonnamment mûr pour un si jeune homme, et plutôt bien écrit.

Ce roman, qui aborde aussi le thème de l’homosexualité, m’a surtout touchée pour son état des lieux implacable d’un milieu pauvre, laissé sur le bord de la route par la société.
J’en sors assez bouleversée, effondrée devant cette chance ou malchance qui vous fait naître dans tel ou tel milieu, et devant le courage infini qu’il faut certainement pour en sortir, car en sortir signifie s’éloigner de ses racines, renier les siens…
D’ailleurs, en sort-on vraiment jamais ? On se construit avec, ou contre, en réaction, mais ce que l’on est est toujours le fruit de ses racines, non ?
En tout cas, ce roman est pour moi un « coup de cœur »
Vous laisserez-vous tenter ?

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La petite communiste qui ne souriait jamais
de Lola Lafon
Éditions Actes Sud, 2014

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Une autre des nouveautés-phares de la rentrée littéraire de Janvier 2014, que ce roman (c’est bien un roman, l’auteur n’ayant jamais rencontré l’héroïne), qui retrace le parcours de Nadia Comaneci, la jeune gymnaste prodige, qui à 14ans, raflât toutes les médailles aux JO de Montréal en 1976.

Une approche originale que la construction de ce roman, où des passages en italique sont conçus comme de vrais dialogues entre Nadia et l’auteur.

On découvre la vie en Roumanie sous les Caucescu, les entraînements intensifs, la personnalité complexe de Nadia et de son entraîneur, les dessous de la guerre froide et des compétitions sportives, les enjeux politiques qu’il y avait (qu’il y a toujours ?) derrière…

On s’interroge sur notre regard d' »Occidental » sur les populations du bloc de l’Est de ces années-là, sur la presse qui porta Nadia aux nues, avant de la « descendre » lorsqu’elle ne correspondra plus aux critères de « petite fée des stades », sur le rôle que nos pays ont joué, soutenant parfois le régime en place de manière perverse…
C’est passionnant, glaçant parfois… Cela donne envie de se documenter plus avant sur tous ces sujets, et cela reste pourtant un roman, le personnage principal étant de par son parcours et son caractère une véritable héroïne de roman !
Allez… Un deuxième « coup de cœur » !

 

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Un homme, ça ne pleure pas

de Faïza Guène

Editions, 2014

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Encore un coup de cœur ! Un jeune homme beur, partagé entre l’amour étouffant de ses parents, et une vie plus libre. Un beau portrait de la sœur ainée, aussi, plus ou moins condamnée à se couper de sa famille pour vivre la vie professionnelle à laquelle elle aspire… De l’humour, plein de tendresse. Vraiment un roman sympa…

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Les Douze tribus d’Hattie

de

Editions , 2014

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Très beau roman sur une famille noire américaine, un joli portrait de femme forte. Je le conseille vraiment, même s’il ne faut pas se laisser décourager par ce roman choral, aux nombreux personnages.

 

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Le Théorème du homard, ou comment trouver la femme idéale

de Graeme Simsion

Editions NIL , 2014

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Don Tillman est professeur d’université à Melbourne. C’est aussi un génie dans son domaine, la génétique. Oui mais voilà : bien qu’il se rende compte de son « comportement socialement non-acceptable », Don a du mal à comprendre pourquoi il ne parvient pas à trouver une compagne. Un roman hilarant et subtil pour comprendre et vivre l’autisme « de l’intérieur », et, d’une manière plus générale, la différence, tout en découvrant la préparation des cocktails, des repas normalisés, et les meilleures comédies romantiques du cinéma.  Coup de coeur !

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Les Brumes de l’apparence

de Frédérique Deghelt

Editions, 2014

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Gabrielle, parisienne de quarante ans, apprend qu’elle hérite d’une propriété à la campagne, dans le Centre de la France. Citadine convaincue, elle décide de s’y rendre pour la mettre en vente le plus tôt possible. Mais elle va découvrir, à travers sa tante, une famille dont sa mère ne lui avait jamais parlé, une famille bien particulière, avec des dons de médiumnité. Et c’est pour Gabrielle le début de nombreuses découvertes et remises en question de son esprit rationnel… Un roman étrange, tout comme son thème.

Pas totalement convaincue, il y a un peu trop de clichés (devinez où se trouve ce pays de sorciers… près de Châteauroux !!! Mais, Mme Deghelt, il ne faut pas 6 heures de voiture pour venir dans le Berry !!!). Et certains raccourcis dans le récit m’ont gênée…

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Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda

avant de me piquer maman

de Kerry Hudson

Editions, 2014

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La petite Janie raconte son enfance, puis son adolescence, à Aberdeen (Ecosse), dans les années 80. Une vie faite de bric et de broc, auprès d’une mère célibataire très jeune, une vie chahutée de squats en foyers, bercée par l’alcool et la musique de l’époque, et pourtant une vie avec de l’amour, malgré tout. Une héroïne au sacré caractère pour un premier roman haut en couleurs, décapant, drôle et émouvant.

La narration à la première personne, par Janie, depuis sa naissance, dans un langage très naturel, donne un ton particulier au roman, une proximité, même si le véridique n’est pas garanti ! J’ai bien ri, j’ai été émue, même si ce n’est jamais jamais larmoyant, cette vie est normale pour la fillette. Un soupçon d’autobiographie ? En tout cas, un bon moment de lecture, où on ne s’ennuie pas en compagnie de personnages bien trempés.

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Les enfants sauvages

de Louis Nowra

Editions, 2014

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Tasmanie, dans les années 30. La vieille Hannah O’Brien raconte. Lorsqu’elle avait 6 ans, elle s’est retrouvée seule dans le bush, avec son amie Rebecca, 7 ans, après un orage terrible qui a coûté la vie à ses parents. Elles ont dû leur survie dans ce milieu hostile à un couple de tigres de Tasmanie, qui les a adoptées. Peu à peu, elles ont perdu l’espoir de retrouver les humains, abandonné l’usage du langage et se sont mises à se comporter comme des tigres, chassant avec eux pour se nourrir. Un roman époustouflant sur l’instinct de survie, le sentiment d’humanité, la difficulté à revenir à la civilisation…

Et pour les courageux(ses) qui sont venu(e)s à bout de ce long article, j’ai encore de la réserve avec la quinzaine de romans de la rentrée littéraire, lus depuis cette fin d’été…

Mais ce sera pour plus tard !!!

Rentrée littéraire 2014, mes premières lectures

Toujours un rude moment, cette rentrée littéraire de septembre, pour les bibliothécaires…😊
Entre plaisir de la découverte et obligation « d’avaler » une certaine quantité de bouquins, la difficulté réside aussi dans le choix de ses lectures : surtout, ne pas se noyer, au-delà des valeurs sûres, repérer les pépites et les partager !

Pour ce qui est de 2014, cette année s’annonce plutôt bonne…

« Première fournée » :

Pétronille
D’Amélie Nothomb
Albin Michel, 2014

petronilleCela faisait plusieurs années que je n’avais pas lu de roman d’Amélie Nothomb.
Lassée et déçue par quelque titre plus ancien, je laissais ses romans aux lecteurs de la bibli, qui se jettent dessus à chaque rentrée !
Là, j’ai voulu savoir ce qu’il en était, et ma foi, je ne le regrette pas.
Si l’intrigue du roman (la rencontre d’Amélie Nothomb avec une de ses lectrices et leur amitié autour du champagne !) ne m’a pas passionné plus que cela (ben oui ! pour moi qui n’ai jamais bu une goutte d’alcool, le thème était peut-être mal choisi 😀), j’avoue avoir été charmée par la langue, le texte, les phrases d’une sacrée écrivaine !
A lire beaucoup, des genres différents, de la littérature pour adulte ou pour la jeunesse, on en vient un peu à perdre de vue ce qu’est un beau texte, bien écrit, cultivé, malin, et qui pourtant coule de source.
Heureusement, je suis, je crois, toujours capable d’en reconnaître un quand je le croise ! Ouf !
Donc, je suis réconciliée avec la dame, et à mes moments perdus (mes quoi ? Pfff !), j’en lirai peut-être d’autres…
Je vous épargne un résumé de l’intrigue : surfez sur le net, la toile regorge de critiques sur « Pétronille ».

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Constellation
D’Adrien Bosc
Stock, 2014

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Premier roman d’Adrien Bosc, Constellation est le nom d’un avion, en l’occurrence celui qui s’écrasa aux Açores, le 27 octobre 1949, faisant 48 victimes, et dont on se souvient car, parmi elles, se trouvaient deux célébrités : Marcel Cerdan, le boxeur, et Ginette Neveu, la violoniste.
Constellation, un joli nom pour un avion, mais qui dans ce livre original, mêlant roman et documentaire, évoque aussi le destin, et les trajectoires de toutes ces personnes connues et inconnues, liées à jamais par leur triste fin.
Un texte poétique, aux chapitres courts, qui met à jour tous ces petits détails qui font que chacun arrive là où il est, que chacun fera ceci ou cela, et vivra sa vie.
Le hasard des dates (mais est-ce le hasard ?), la coïncidence des nombres, relient même l’auteur à son histoire…
Un roman particulier, dont on sort ému, ou du moins troublé par l’évocation de ces vies qui pourraient être les nôtres.
Futur prix littéraire 2014 ? Peu importe, soyez curieux, ce texte en vaut la peine…

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Peine perdue
D’Olivier Adam
Flammarion, 2014

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Une petite ville touristique du sud de la France, une tempête, une agression, des suicides… Toute une galerie de personnages, qui prennent la parole tour à tour pour dépeindre leur vie, leurs amours, leurs emmerdes, la manière dont ils se débrouillent pour faire face à un quotidien qu’ils n’avaient pas rêvé ainsi… Un beau roman choral, sur la « vraie » vie des gens ordinaires.
Comme toujours avec Olivier Adam : c’est beau, bien écrit, tellement à fleur de peau, mais d’une mélancolie sans fond.

Décidément, j’adore cet auteur ❤ !

Lecture… en forme d’excuse !

En ce moment, ce blog est complètement en friche !
Le reflet contraire du jardin, en somme,
mais sur la toile, le travail au jardin ne se voit pas 😛 !

Mes nombreuses lectures,
avalées à la chaîne pour le boulot,non plus…
Même pas pris le temps de vous en parler…pfff !

Alors, pour celles et ceux que cela intéresse…
S’il ne devait y en avoir qu’un seul….

Une pépite…
Mais venant de J.-C. Rufin, ce n’est guère étonnant…

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Le collier rouge

Éditions Gallimard

Je ne vous en dis rien, le net regorge de critiques élogieuses…

Lectures de l’été

oui, oui, vous avez bien lu…

des lectures d’été !

pour un article oublié dans les brouillons de ce blog…

mais de beaux souvenirs de lecture pour certains,

des découvertes originales pour d’autres,

alors à vous de lire !

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Certaines n’avaient jamais vu la mer
De Julie Otsuka
Phébus, 2012

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Des femmes, de multiples femmes, peu de prénoms cités, mais de multiples voix, qui s’entremêlent et finissent par ne former qu’une seule voix, qu’un seul destin, raconté par « Nous ».
Derrière ce « Nous », la vie de femmes japonaises qui ont quitté leur pays au début du 20ème siècle pour épouser aux Etats-Unis un homme qu’elles n’avaient pas choisi…
La séparation, l’épouvantable traversée, l’arrivée en Amérique, la découverte de leur future vie, leurs nuits de noces, leur misérable condition d’exilées, avec un présent peu enviable et un futur très incertain…
Une narration répétitive, aux longues phrases, une sorte de litanie pour éprouver encore mieux le quotidien de ces femmes.
On ne peut s’attacher à un personnage, car ils sont multiples et presque invisibles individuellement.

Cela donne un ton, mais m’a gênée pour apprécier pleinement cette histoire.

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6h41
De Jean-Philippe Blondel
Buchet-Chastel, 2013

6h41

Gare de Troyes, un lundi matin, le train de 6h41.
Cécile, 47 ans, rentre sur Paris. Elle vient de passer le week-end chez ses parents, sans son mari ni sa fille qui n’ont pas voulu venir, tant la visite est ennuyeuse.
Elle s’en veut, elle n’aime pas venir voir ses parents, qui passent leur temps à râler, mais la culpabilité et le devoir filial l’emportent toujours.
Et en plus, cette fois, pourquoi n’est-elle pas rentrée le dimanche soir comme d’habitude ?
Gare de Troyes, un lundi matin, le train de 6h41.
Philippe se rend à Paris pour voir son ami Matthieu. Philippe est divorcé, 2 filles qu’il perd de vue, un boulot basique dans un supermarché : une vie pas terrible, et le crâne qui se dégarnit à l’approche de la cinquantaine. En retard, il attrape le train in extremis et se laisse tomber sur la seule place libre, à côté de Cécile…

Et là… C’est que, 27 ans plus tôt, ces deux-là ont eu une courte liaison, qui s’est très mal terminée un soir à Londres…

Un roman à deux voix, chapitres Cécile, chapitres Philippe, sur les désirs de la jeunesse et les réalités de la vie.

Un court roman intéressant, plein d’humour mais pas futile (ah ! les coups d’œil en biais, les ruminations de chacun dans son coin, l’abordera, l’abordera pas ?)

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Les affligés

de Chris Womersley

Albin Michel, 2012

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Australie, été 1919. Quinn Walker rentre au pays, défiguré et mal en point après des années de guerre en Europe. Il rentre alors qu’il sait qu’il est accusé du meurtre et du viol de sa jeune sœur Sarah, dix ans auparavant. Il retrouve une campagne australienne décimée par la grippe espagnole. Incognito, il parvient à voir sa mère, malade elle aussi, pour lui assurer qu’il n’est pas coupable de ce dont on l’accuse. Il a tout vu, mais à elle, il ne peut rien dire…

Dans les collines environnantes, où il se cache, il rencontre Sadie, une drôle de fillette, mi-sauvage, mi-sorcière, qui va l’aider…

Un drôle de roman pour une drôle d’histoire, sombre, terrible, une histoire de malheur et de douleur, avec une part de mystère et de magie, qui n’est pas sans rappeler le passé aborigène de l’Australie. Les personnages sont plein d’ombres, tourmentés…
l’histoire des morts et celle des vivants se mêlent intimement, contribuant ainsi au climat d’intemporalité qui plane tout au long de la lecture.

C’est superbe, à la manière d’un drame antique.

L’écriture est riche, et colle à l’histoire comme la poussière du bush, jusqu’à la rendre comme poisseuse, collante, envoûtante.

Un beau roman noir.

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Le Chapeau de Mitterrand

d’Antoine Laurain

Flammarion, 2012

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Eh oui, Daniel Mercier, employé effacé dans une grande société de la finance, a bien sur la tête le chapeau de Mitterrand !

Un soir de novembre 1986, il a, par hasard, dîné dans une brasserie à côté du Président. Lorsque celui-ci est parti, oubliant son célèbre couvre-chef sur la banquette, Daniel n’a pas réfléchi : sous le coup d’une impulsion, il l’a pris…

Mais ceci n’est que le début de l’histoire car, si François Mitterrand n’était pas n’importe qui (même sans parler politique), son chapeau non plus, qui va entamer un long périple, de tête en tête…

Un roman extra ! facile à lire, original, qui m’a (un peu, mais je suis une grand naïve) menée en bateau, une sorte de fable sur le pouvoir que l’on accorde à certaines choses, certains objets, ce qui fait qu’on avance dans la vie, ou pas.

Je vous le recommande, car c’est un coup de cœur !

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Hors service

de Solja Krapu

Editions Gaïa, 2011

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Eva-Lena mène une vie bien rangée. Professeur de suédois, mère de famille, elle organise sa vie au millimètre, tout est planifié, étudié, rangé… Mais comme tout tourne principalement autour de son métier d’enseignante, sa vie personnelle en souffre un peu, ses enfants, son mari, s’éloignent, sans qu’elle en prenne vraiment conscience.

Un vendredi soir, obsédée par la rentrée imminente, elle retourne au collège pour faire des photocopies… et se retrouve enfermée dans le local du photocopieur !

Pas de téléphone portable (ça ne lui ressemble pas, pourtant !), pas de fenêtre, rien.

Eva-Lena, pour la première fois de sa vie hyper remplie, se retrouve « Hors-Service ». Contre toute attente, personne ne semble s’inquiéter de son absence, les heures passent…

Condamnée à l’inaction, elle en profite pour réfléchir : Mène-t-elle la vie qu’elle souhaiterait ? A-t-elle fait les bons choix ? Qu’est-ce qui est essentiel dans la vie finalement ?

Un roman atypique, original, intéressant, plein d’humour mais avec une réflexion sur les choix de vie, le poids du quotidien, les valeurs essentielles qu’on délaisse malgré soi, quand on est pris dans le tourbillon…

Un coup de cœur pour moi, et décidément, les auteurs scandinaves gagnent vraiment à être connus !

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Fleur de tonnerre

de Jean Teulé

Editions Julliard, 2013

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L’histoire d’Hélène Jégado, première « serial-killer » de Bretagne, au 19ème siècle. Un récit à la manière de Jean Teulé, donc, entre histoire et truculence, dans son style si original.

Un peu déçue par ce dernier roman de Teulé… J’ai eu du mal à m’intéresser à la personnalité d’Hélène, dite Fleur de Tonnerre. Pas assez d’indices peut-être pour la comprendre, ou du moins la cerner…

Bref, il m’a manqué quelque chose…

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A qui le tour ?

de Murielle Renault

Editions du Dilettante, 2013

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Plusieurs grands gagnants du Loto font connaissance lors d’un séminaire de la Française des Jeux, séminaire sensé les familiariser avec leur nouveau statut de « richissime ». Des personnalités très différentes, mais au final, bien sûr, on le sait (et on s’en console quand on n’est pas un grand gagnant 🙂 ), l’argent ne fait pas le bonheur.

Et là, il s’agirait même d’une sacrée malédiction…

Un roman qui se laisse lire, mais finalement sans grande surprise, et plutôt pessimiste malgré sa couverture colorée.

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Plan de table

de Maggie Shipstead

Editions Belfond, 2013

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Une comédie de mœurs autour de Winn Van Meter, grand patron américain, qui marie sa fille Daphné (enceinte jusqu’aux yeux), dans sa jolie maison de nouveau riche sur une ile sélect de Nouvelle Angleterre.

Mais on ne fait pas partie du « gratin » du jour au lendemain et Winn accumule les bourdes !

Mon roman-détente de l’été, pas prise de tête, sans grande surprise, très américain, avec des touches d’humour, un peu trop de grosses ficelles, mais quand on le lit par 30°C, ça le fait… même s’il ne me laissera pas un souvenir impérissable.

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Electropolis

d’Olivier Merle

Editions , 3013

electropolis

Drôle de roman…

Sophie se réveille un matin : plus d’électricité. Apparemment, la panne touche toute la ville, voire même plus loin. Problème pour sortir de l’immeuble : la porte électrifiée est bloquée. Elle va donc rencontrer à cette occasion ses voisins les Loret, épiciers de leur état, pour que monsieur ouvre la porte. Puis, une discussion autour de cette porte (doit-elle rester ouverte ou fermée ?) va entrainer une rencontre entre tous les habitants de l’immeuble, qui finalement ne se côtoyaient guère : la famille guindée, avec deux fillettes, le vieux M. Kurtz, Elise, l’amie de Sophie et enfin le mystérieux Hossine.

Face à cette situation imprévue qui dure, et les pénuries qui s’en suivent (plus d’argent aux distributeurs, plus de nourriture, plus de téléphone, plus d’essence…), il va falloir s’entraider, discuter, se découvrir et accepter certains compromis.

Drôle de roman, donc, car s’il commence de manière assez banale, avec les états d’âme de Sophie, ses considérations sur son beau voisin Hossine (j’ai presque cru à un roman à l’eau de rose…), il continue de manière plus violente (il y a des morts) et surtout plus pessimiste…

Un roman d’anticipation réaliste si l’on peut dire. Mais on en sort un peu remué car cette possible réalité est plutôt violente et en tout cas, n’offre pas une vision de l’humain « à l’eau de rose ». Un peu comme dans « A qui le tour » (cité plus haut), la vision de l’humanité est très pessimiste, décadente…

Une lecture intéressante, qui ne laisse pas indifférente.

Olivier Merle est un des fils de Robert Merle, dont j’ai dévoré l’œuvre principale, « Fortune de France » (sage historique d’envergure, d’environ 14-15 volumes) il y a presque 20 ans, mais dont je me souviens encore avec émotion. C’est d’ailleurs je pense, une des rares œuvres que je relirais avec plaisir, moi qui ne relis jamais rien par manque de temps !

Lecture d’automne…

Les Haines pures
d’Emma Locatelli
Albin-Michel, 2013

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Juillet 1945. Gabrielle, 25 ans, revient au pays (en Provence), dans le village de son enfance, qu’elle a fui six ans plus tôt.
Elle retrouve sa mère, une veuve sèche et méchante, uniquement préoccupée de son fils ainé handicapé, et sa jeune sœur, Louise, une jeune fille fragile.
Si son retour n’est pas le bienvenu pour sa mère, il l’est pour Louise, qui voit en elle une alliée pour échapper au monde clos et étouffant du village.
Cependant Gabrielle n’est pas là pour distraire sa sœur, même si elle l’adore.
Elle est là pour oublier la perte de son jeune fils sous les bombes alliées. Mais est-ce possible d’oublier ?
La découverte du massacre de la famille voisine, en 1944, famille à laquelle elle était très attachée, la bouleverse un peu plus encore, d’autant que les circonstances de cette tuerie lui semblent mystérieuses.
Elle va trouver un dérivatif à sa douleur en enquêtant sur ce massacre, à l’aide du nouvel occupant de la ferme, qui lui-même semble cacher son passé…

Un roman très sombre, fascinant, où l’on ne cesse d’aller de soupçons en trahisons, de mensonges en secrets. Chaque personnage a son lot de mystères, de non-dits, personne n’est tout blanc ni tout noir, chacun porte sa croix, tant bien que mal et les dégâts, intimes ou infligés par la guerre, sont parfois irréversibles…

La 4ème de couverture évoque Sébastien Japrisot, c’est vrai qu’il y a de « l’été meurtrier » dans ce roman aux méandres compliqués, par ailleurs très bien écrit.
Un beau roman, que je recommande .

Coup de cœur !

La rentrée littéraire… Un moment… Hum… Intense !

Je m’aperçois que je n’ai pas parlé de mes lectures de l’été (article en cours, hum hum…), mais déjà l’actualité littéraire me rattrape ! Alors je commence par mes lectures les plus récentes, boulot-boulot oblige !

Une rentrée littéraire avec plein de romans intéressants, et encore, je suis loin d’avoir tout vu ni tout lu !!!

La servante du Seigneur
De Jean-Louis Fournier
Editions Stock, 2013

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Le dernier opus de Jean-Louis Fournier, mi roman, mi-autobiographie. Après son beau récit sur ses fils handicapés (On va où Papa ?) et sur la perte de sa femme (Veuf), l’auteur nous raconte ici l’éloignement de sa fille, « embrigadée » dans la religion (ou dans une secte ?). Décidément, le sort s’acharne sur cet homme, et son témoignage, tout en nuance, témoigne de sa rage de vivre malgré tout.

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Faillir être flingué
De Céline Minard
Editions Rivages, 2013

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L’Amérique des grandes prairies, les chariots, les migrants, une indienne guérisseuse, des cow-boys singuliers… Le genre western et le mythe du Grand Ouest Sauvage revisités et modernisés, pour donner une histoire originale en forme de patchwork. Quelques longueurs, un peu de mal avec tous ces personnages, mais un ton intéressant et un sujet peu commun.

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L’échange des princesses
De Chantal Thomas
Editions du Seuil, 2013

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1721. Afin de pacifier les relations avec l’Espagne, le Régent Philippe d’Orléans a une idée lumineuse : il offre sa propre fille au fils du roi d’Espagne, et propose le mariage du jeune roi Louis XV avec l’infante Maria Anna Victoria. Peu importe si le plus âgé des fiancés a 14 ans et la plus jeune… 4 ans ! Commence alors, de chaque côté des Pyrénées, le long voyage vers la frontière, en plein hiver… Un roman historique au ton résolument moderne, un peu impertinent. Cela change, cela se lit bien, et on est édifié par cette histoire d’une époque où les enfants, même (et surtout) de haute lignée, même dans des pays dits civilisés, servaient de monnaie d’échange aussi facilement que du bétail !

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L’Extraordinaire voyage du fakir

qui était resté coincé dans une armoire Ikea
De Romain Puertolas
Editions Le Dilettante, 2013

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Prenez un citoyen du Rajastan, Ajatashatru (prononcez j’attache ta charrue, ou bien Achète un chat roux, ou bien encore J’ai un tas d’shorts à trous, au choix…). Envoyez-le en France pour acheter un lit à clous chez Ikea (?)… et vous aurez le début d’un roman bien « barré », rocambolesque à souhait, mais pertinent et drôle sur les différences sociales, l’immigration clandestine, l’amitié, la critique de nos sociétés de consommation… Un remède contre les idées noires !
On frôle le coup de cœur, mais il y a quelques longueurs, je trouve. En tout cas, ne passez pas à côté de ce roman atypique, et d’abord, rien que pour le titre… !

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Pietra viva
De Léonor de Récondo
Editions Sabine Wespieser, 2013

1505. Michel-Ange a 30 ans et il est déjà reconnu pour son art. Lors d’un voyage à Carrare, pour trouver le marbre parfait, il va faire des rencontres qui influenceront ses œuvres futures… Un beau portrait du célèbre sculpteur et un roman historique qui change, avec une écriture magnifique, plein de poésie. Il ne faut pas se laisser décourager par la couverture, très sobre (austère ?) comme toujours chez cet éditeur, c’est un roman très facile à lire et qui mérite d’être découvert.

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Kinderzimmer

de Valentine Goby

Editions Actes Sud, 2013

En novembre 1944, Suzanne, jeune résistante de 20 ans, est déportée à Ravensbruck. Elle est enceinte de trois mois, mais le cache, car le dire la condamnerait à la chambre à gaz. Elle va devoir survivre, et donner la vie dans ce lieu de mort.

On pense que tout a déjà été dit, écrit, vu, entendu, sur la déportation et les camps nazis. Mais là, ce roman m’a bluffé par sa façon de faire comprendre « de l’intérieur » la mécanique de déshumanisation, la mécanique de survie aussi, comment par une sorte de défi qu’elle se lance, par une sorte de hasard aussi finalement, Suzanne a décidé de vivre, de tenir, pour elle, pour son fils…

Un roman poignant, bien sûr, on est bouleversé, on pleure, mais ce n’est pas gratuit, jamais, jamais complaisant non plus dans les descriptions. Un livre magnifique, même si le sujet est si difficile. Je l’ai lu en une (longue) soirée, car pas moyen de ne pas aller au bout. Un coup de chapeau à l’auteur, vraiment.

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Au revoir là-haut
De Pierre Lemaitre
Editions Albin Michel, 2013

Novembre 1918. Après la victoire, vient le temps de la démobilisation, et là, le mythe de la France glorieuse se casse : des soldats démobilisés et livrés à eux-mêmes, avec leurs blessures physiques et morales, leurs traumatismes, des familles déboussolées… A travers le récit des vies d’Albert, le brave soldat délaissé par sa femme, d’Edouard la « gueule cassée », de Pradelle, le capitaine opportuniste, on a une autre vision de ce que fut cette guerre, puis l’après-guerre. Un roman édifiant, qui m’a marqué durablement.
Un peu long, mais très facile à lire, je vous le conseille vraiment. C’est un autre coup de cœur pour moi !

Mes trois préférés

Mes romans préférés, rentrée littéraire 2013